BD : Himalaya Vaudou

Auteurs : Bernard et Rochette
Editeur : Drugstore




Un one-shot à compter - selon moi - parmi les lectures indispensables de l’année bédéphile 2009, au même rang que Blast T1 (de Larcenet), L'affaire des affaires, Animal’z, Pachyderme, Le Carnet de Rêves, Jolies Ténèbres, Marilyn et quelques autres.

Ca commence par un monologue sur fond de montagnes himalayennes. Les cases et la typographie sont énormes, laissant deviner qu’au départ le projet était probablement conçu pour un plus petit format. Pour être franc, le début ne m’a pas emballé, pas plus que le dessin. Mais tout comme les quatre protagonistes qui escaladent péniblement, j’ai persévéré.

Venons-en à ces personnages. Ils forment une mini équipe de télé pour le moins contrastée : il y a Gabriel Granduc - qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Nicolas Hulot -, un présentateur et journaliste évoquant clairement PPDA, un jeune crétin parisien tout droit sorti d’une émission de télé-réalité, et puis il y a le guide, pragmatique et antipathique au possible.

Mais que font-ils là, à risquer leur vie à tout moment sur ces gigantesques sommets enneigés ? Eh bien figurez-vous que le but de leur quête est d’interviewer le "Père Noël" ! Grotesque ? En fait, derrière ce sobriquet se cache un certain Noël Bodombossou, héritier d’une famille dans le pétrole. Exilé en un lieu tenu secret, cet homme singulier parvient néanmoins à tirer les ficelles de l’échiquier politique et environnemental d’une manière drastique et contre toute logique rationnelle.

Je n’en dévoilerai pas plus. Le récit de Fred Bernard est une fable originale, puissante, qui aborde de manière cinglante les grands thèmes d’actualité que sont l’écologie, le développement durable, la biodiversité ou encore la surpopulation.

Grâce à son dessin semi-humoristique, Jean-Marc Rochette parvient à insuffler légèreté aux situations et sympathie aux personnages (enfin, plusieurs d’entre eux). Mais il parvient surtout à réussir le tour de force de changer de style, passant – quand une séquence l’exige - à un graphisme plus pictural, expressionniste, saturé d’ombres et de couleurs (j’ai pensé à Apocalypse Now dans certaines cases).

Félicitations à ces auteurs qui ont réussi à mêler caricature et drame, actualité et fantastique avec tant de brio.


Chronique par Jean Alinea