BD : La Forêt des Renards Pendus

Auteurs : Dumontheuil, d'après Paasilinna
Editeur : Futuropolis



Ce n’est pas la première fois qu’on retrouve Nicolas Dumontheuil dans le travail d’adaptation d’un roman. On lui devait par exemple les jubilatoires Big Foot (cf. nos chroniques ici et ), librement adaptés du Monstre des Hawkline de Brautigan. On reste ici dans le décalé, registre dans lequel le dessinateur excelle depuis ses débuts, mais ce qui surprend par contre est de voir l’artiste encore épurer son style. Entre le caricaturisme détaillé de Qui a tué l’idiot et la ligne claire et la bichromie qu’il adopte ici, Dumontheuil avait trouvé un équilibre qui rendait chacun de ses livres graphiquement savoureux. Pour La Forêt des Renards Pendus, il ne semble préoccupé que par la transposition efficace de l’histoire, en gommant l’originalité de sa patte. La narration fonctionne, tout l’univers d’Arto Paasilinna est préservé, mais voilà qui enlève tout de suite une grande part de l’intérêt de cette BD par rapport à l’oeuvre originale… hormis peut-être celui d’introduire un autre public à la bibliographie du romancier.



Rafaël Juntunen fuit son complice de banditisme qui devrait être relâché prochainement et s’enfonce avec son butin (36 kgs d’or pur !) au fin fond des forêts finlandaises. 

Gabriel Amadeus Remes, lui, cuvait sa dépression et s’apprêtait à suicider sa gueule de bois dans une caserne mais un molestage de subordonné lui vaut une mise à l’écart provisoire, une retraite au grand air.

Naska Mosnikoff, elle, cherche à échapper à une délégation qui s’est déplacée jusqu’à sa chaumière isolée pour lui remettre les honneurs de son statut de “plus vieille Skolte du monde”… mais aussi pour l’emmener de force dans une maison de retraite.
 

Bien évidemment, ces trois protagonistes vont se trouver, devoir s’accomoder les uns aux autres, malgré des personnalités, morphologies, valeurs et intérêts pour le moins contrastés. 


Ces thèmes de la fuite du quotidien, du retour à la nature, l’intrigue décousue qui voit apparaître des personnages saugrenus, donnant lieu à des situations improbables, rocambolesques, puis à de petites leçons de vie, le tout parsemé d’humour tantôt tendre, tantôt grinçant… tout cela est bien caractéristique de Paasilinna. 



On ne s’ennuie pas, on s’attache, mais, pour le même prix, je vous recommande plutôt de vous procurer le roman en poche (ou Le meunier hurlant, Le lièvre de Vatanen, …) et une BD plus représentative du style Dumontheuil.


Chronique par Jean Alinea