Jonathan : Une autobiographie imaginaire en BD

Auteur : Cosey
Editeur : Le Lombard


Première précision importante (que l’éditeur se garde bien d’indiquer clairement, le coquin) : cette Autobiographie imaginaire en BD ne s’adresse qu’aux possesseurs des tomes individuels de la série Jonathan !!!

En effet, les archives rassemblées ici ont déjà été publiées au fil de la réédition en intégrales des albums.

Dans cet épais ouvrage documentaire, on retrouve les photos, les esquisses, les notes de voyage, des bouts d’interviews et autres commentaires de Cosey, qui ont entouré la création de chaque aventure de son alter ego de papier, depuis 1975. Pas de planches de BD ici, mais un parcours vraiment intéressant à suivre, suscitant moult réflexions.

On suit bien sûr l’évolution du grand auteur-dessinateur suisse dans son rapport à la couleur et au trait : des débuts très influencés par Derib au développement d’un style propre, qui tend aujourd’hui vers toujours plus d’épuration. 

Sa façon de procéder dans la création d’histoires est évidemment aussi largement abordée. On apprend par exemple que c’est la nostalgie de voyages accomplis qui constituent souvent sa "matière première". Ou qu’en prenant ses notes, Cosey ne sait pas à l’avance s’il s’agira d’une histoire de Jonathan ou d’un one-shot, et qu’à l’étape de la construction scénaristique à proprement dit, il lui arrive de remplacer un personnage par un autre pour sortir d’une éventuelle impasse.

Il existe également une énorme différence de regard entre le dessinateur débutant dans le métier, qui réalisait ses premières BD en se documentant dans les livres, et celui qui, au fil des années, nourrit aussi - et surtout - son inspiration en voyageant : au Tibet forcément, mais aussi dans d’autres contrées d’Asie qui semblent l’appeler irrésistiblement, ainsi qu'aux Etats-Unis (qui inspireront un changement radical d'atmosphère et de ton dans les tomes Oncle Howard est de retour et Greyshore Island).

De toute évidence, Une autobiographie imaginaire en BD (ou les dossiers identiques dans les intégrales) vaut le détour pour les lecteurs de cette série en même temps classique et vraiment à part dans l’histoire du neuvième art. Une série, dont le sommet (c’est le cas de le dire) reste encore et toujours l’album Kate pour beaucoup (y compris Cosey lui-même).

A noter aussi – même si cet album-là est loin d’être un grand cru, selon moi - , la parution simultanée de Atsuko, quinzième tome de la série, dans lequel Jonathan rencontre et s’éprend d’une jeune nipponne partie sur les traces d’une grand-tante mystérieusement disparue, il y a quelques décennies de cela. Un certain aspect didactique fait à présent partie intégrante des récits du héros. Cosey en profite aussi pour rendre hommage à sa façon au haïku, cette forme très courte de poème, typiquement japonaise. 
Et comme toujours, on retrouvera les suggestions d’écoutes musicales de l’auteur pour accompagner la lecture, une petite démarche bien sympathique dont il fût pionnier.

Chronique par Jean Alinea