BD : Une aventure de Chlorophylle - T01 : Embrouille à Coquefredouille

Auteurs :  Godi et Zidrou
Editeur : Le Lombard


Dans le secteur du livre, c’est la “crise” comme ailleurs, voire pire qu’ailleurs… 
et on peut observer les grosses structures d’édition gérer leurs affaires en se recentrant beaucoup sur leurs valeurs sûres, lançant par-ci des “spin off”, par-là des “sequels” et autres “prequels” de qualité inégale… mais que ne manquent pas d’acheter les collectionneurs. Les éditeurs ressortent même de leurs placards des gloires d’autrefois, les dépoussiérant à grand coup de repackaging.



Face à l’engouement nostalgique suscité par les intégrales des bandes dessinées animalières de Raymond Macherot (1924-2008), qu’il s’agisse de Chlorophylle (au Lombard) ou Sybilline (chez Casterman), il y avait un coup à tenter. A retenter (puisque Dupa, le dessinateur de Cubitus, s’y était déjà essayé).


Alors quand des auteurs de BD “de jeunesse” à succès (ceux de L’élève Ducobu) acceptent de reprendre une vieille série BD "de jeunesse" qui, elle, conserve une cote de popularité auprès des nostalgiques, l’éditeur s'en frotte les mains. De plus, c’est bien connu : les lecteurs vieillissants sont enclins à transmettre à leurs rejetons l'amour pour leurs personnages préférés d'antan. 

Toute reprise reste néanmoins une opération délicate et se solde souvent par des plantages artistiques notoires. Les repreneurs de Spirou en savent quelque chose et rares sont ceux qui ont pu réitérer les coups de maître de Franquin ou (dans une moindre mesure) Tome & Janry et Emile Bravo.

Que Zidrou et Godi se soient bien amusés à fournir cette aventure du "Tintin des terriers" (sic), ça ne fait aucun doute… Le cadre d’un festival de cinéma, c'est inattendu. La fausse résurrection du rat Anthracite, ennemi juré du téméraire lérot, c’est malin. Ce n’est pas pour autant que le scénario parvient à trouver un équilibre convaincant entre l’hommage respectueux, la satyre (un roi à la fille illégitime et victime d'attentats séparatistes, ce n'est pas sans évoquer la situation belge) et la modernisation… 
A ce propos, rendre Chlorophylle et Minimum plus sexués, inclure des personnages homosexuels dans l'histoire, ça me semble friser le pastiche plutôt qu’ouvrir des voies réellement prometteuses.



La série perd en poésie, en humour tendre… mais qu’y a-t-elle gagné hormis un comeback en grandes pompes… qui ne défoncent que des portes ouvertes ? Zidrou - probablement victime de sa propre surproduction - peut nettement mieux faire. Croisons les doigts pour l’album suivant, d’ores et déjà annoncé.

Chronique par Jean Alinea

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