BD : Intrus à l'étrange

Auteur : Simon Hureau
Editeur : La Boîte à Bulles


Avec cette couverture qui n'est pas sans évoquer quelque peu  - volontairement ou non - Ici-Même, bande dessinée culte des années (A SUIVRE) signée Tardi et Forest, le ton nostalgique est donné. Une douce mélancolie qui ne vous quitte pas en refermant le bouquin.

En plus d'être un sacrément bon dessinateur, Simon Hureau a le talent de susciter l'émotion... à laquelle on ne s'attend pas forcément. Selon ses livres, c'est très agréable ou franchement dérangeant (mais souvent intéressant). On retrouve ici l'auteur dans une veine moins glauque que dans Tout doit disparaître ou Aspic Voisine, et, par  sa prédilection pour les ruines, on pourrait en quelque sorte rapprocher Intrus à l'étrange de L'empire des Hauts Murs. Mais si les décors réveillent cette fois moins notre regard d'enfant, ils le font avec nos fantasmes d'adolescents (enfin, les miens en tout cas) : mystères flippants, interdits brisés, émoi amoureux, quête de la différence... C'est un peu tout ça que j'ai ressenti à la lecture.  

L'histoire, c'est celle de Martial, dont le monde s'écroule : sans emploi, il se retrouve mis à la rue par sa copine alors que son grand-père vient de mourir. Se rendant dans la maison de son aïeul, à la campagne, il y découvre les lettres d'amour d'une certaine Georgette Blizard et deux valises fermées à clé destinées à être remises à un certain Félix Larose. Voyant dans la future rencontre avec ces inconnus l'opportunité de rendre hommage à son grand-père et de faire son deuil, Martial part à leur recherche, destination Magnat-l'Etrange. Cette bourgade rurale pourrait paraître paisible si elle ne s'avérait pas anormalement peuplée de chauves-souris et si elle n'abritait pas un bouc-émissaire particulièrement malmené. Devancé dans ses investigations, Martial se fait malgré lui prendre pour un journaliste.


Des découpages brillants, des dessins en noir et blanc fouillés, des personnages bien typés (quasi tous à l'Ouest mais jamais le même Ouest), des décors qui imposent progressivement leur vie propre. Enfin "propre"... façon de parler.


Une incroyable atmosphère.

Chronique par Jean Alinea