ESSAI : Notre joie



R
omancier*, essayiste, scénariste, cinéaste, critique de cinéma - excusez du peu -, François Bégaudeau signait en 2019 Histoire de ta bêtise. Il s'y attaquait à une certaine bourgeoisie,  prétendûment de gauche, qui avait voté Macron, et ce souvent dès le premier tour. Il y disséquait leurs réflexes de classes bien plus prégnants que leur soi-disant positionnement politique. Un livre au retentissement assez important, dans la mesure où toute une intelligentsia,  également bourgeoise dite "de gauche" (cette mention entre guillemets étant anecdotique selon Bégaudeau), black-lista l'auteur des plateaux télé ; il fut même viré de son rôle de critique du magazine Transfuge

Quelques mois après la parution de son livre, Bégaudeau est abordé à la fin d'une rencontre publique par quelques jeunes se présentant comme "ni de droite, ni de gauche", dont le meneur, M, se présente comme un grand fan. L'essayiste flaire les jeunes identitaires, mais accepte une invitation à aller boire un verre, intrigué.
Bégaudeau pouvant être décrit comme un gauchiste radical à tendance anarchiste, quelle confusion pouvait bien leur faire penser qu'ils puissent être dans le même camp ?
 
C'
est  donc logiquement que la première partie de Notre joie, son nouveau livre, s'intitule "Confusion". ll y décortique point par point tout ce qui sépare et séparera toujours les identitaires de la vraie gauche - tout, en fait - et conclut que décidément non les ennemis de mes ennemis ne sont pas mes amis et non, non et non les extrêmes ne se rejoignent pas ! Bégaudeau dénonce clairement la formation en cours d'un bloc "libéral autoritaire", dans lequel finiront de s'unir la bourgeoisie et l'extrême droite, comme cela s'est toujours passé chaque fois que la première s'est sentie menacée (cf. la Commune de Paris, le fascisme des années 1930 en Europe...). C'est une entrée en matière ardue, très charpentée, elle pousse à se questionner sur toutes les causes défendues et il n'est pas exclu que les lecteurs se voient assénés d'un ou deux coups de griffes au passage.

"Boussole", la deuxième partie, est quant à elle consacrée à l'engagement de Bégaudeau, ce à quoi il se réfère pour s'orienter et trouver sa voie.
 
Pourquoi alors ce titre, Notre joie ? Parce qu'il considère que l'extrême droite se fédère sur le rejet, la haine, alors qu'il voit en la véritable gauche - anticapitaliste, pour faire court - la joie de rêver à des objectifs positifs, la joie de constater tout ce qui a déjà été réalisé, tout ce qui a pu avoir lieu (la Commune encore, les congés payés, la sécurité sociale, le retraite, l'art politique etc...). En cela il s'inspire de l'économiste Bernard Friot qui prône la continuation et l'extension des réussites du parti communiste et de la CGT au sortir de la seconde guerre mondiale. 

A lire d'urgence, en prenant soin de lire au préalable Histoire de ta bêtise. Les deux ouvrages sont parus aux éditions Pauvert.