ROMAN : Un enlèvement

François Bégaudeau est un touche-à-tout. Ecrivain, essayiste, critique littéraire et cinéma, scénariste, acteur et réalisateur. Révélé au grand public lors de l’adaptation au cinéma de son livre Entre les murs par Laurent Cantet (Palme d’or à Cannes en 2008), en 2019 l’essai Histoire de ta bêtise, qui démonte avec férocité la bourgeoisie qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir, a fait grand bruit dans les médias et le monde intellectuel qui se sont sentis, à raison, mis en cause. 

Anar autodéclaré, Bégaudeau injecte dans chacune de ses œuvres une dimension politique. Les rouages de notre société, le capitalisme destructeur, ceux qui jouent le jeu et ceux qui tentent d’y résister sont passés au crible de sa grille de lecture aussi bien articulée qu’incisive.

U
n enlèvement suit une famille bourgeoise et bien dans son époque, les Le Gendre, en vacances à Royan. Dans cette petite troupe, on doit "performer". Papa fait du running et compte ses pas grâce à sa montre connectée, maman est experte en communication, l’ainée est première de classe et excelle au piano. Seul le petit dernier ne suit pas le rythme familial. Il tarde, ou refuse, à apprendre à lire. En second plan de ce quartet parisien délocalisé pour quelques jours, le fils d’un entrepreneur des environs est enlevé.

Ce roman est d’emblée drôle. Autant dans la description minutieuse des travers de ce petit monde - le franglais utilisé, l’apparente perfection de ses membres et leurs contradictions attenantes - que dans le sens de la mise en scène de Bégaudeau. On rit par exemple lorsque le père, en train de jeter dans une benne des yaourts non bio achetés par erreur, se trouve confronté à de jeunes roms qui ne comprennent pas pourquoi il les jette. N’osant plus les jeter, il se retrouve à devoir faire comprendre qu’ils ne sont pas bons pour lui mais bon pour eux. Le grotesque de la situation met en lumière une des contradictions de cette bourgeoisie bienpensante sur le papier, mais suffisante dans la réalité. 

Mais ce roman est aussi juste. Il ne caricature pas, il décrit avec une grande précision ce qu’est la bourgeoisie actuelle. En plus de son caractère romanesque, c’est un livre sociologique, à la topologie très détaillée. 

L’intrigue est sans doute un peu ténue. C’est le petit bémol à mettre au compte d’Un Enlèvement. Mais on prendra beaucoup de plaisir à découvrir comment les protagonistes essaieront et même parfois parviendront, chacun à leur façon, à s’évader de leur carcan.
 

Chronique par Reynald Riclet

Un enlèvement est un roman
publié chez Gallimard.