BD : Jérôme Moucherot – T05 : Le manifeste du mâle dominant

Auteur : Boucq
Editeur : Le Lombard


Les aventures de Jérôme Moucherot quittent Casterman pour rejoindre le catalogue des éditions du Lombard. Outre les rééditions, c’est aussi l’occasion pour l’auteur de renouer avec son célèbre héros assureur, au complet veston léopard, au nez percé d’un stylo et de lui offrir un cinquième tome de péripéties loufoques.

Un cinquième tome qui aurait tout aussi bien pu être le premier puisqu’il décrit, sous forme de documentaire, le biotope, les us et coutumes de Jérôme Moucherot. Les commentaires du présentateur - un reporter quinquagénaire élancé et maigrichon, habillé en colonial façon Tintin au Congo - ne sont jamais avares en formulations ringardes, pompeuses, clichées. Exemple : "Et qui trouvons-nous au dernier étage, culminant au zénith du bâtiment ? Le génie éclairé qui tel un phare illumine l'humanité par l'éclat éblouissant de son esprit en véritable virtuose des neurones... Le Spoutnik de l'invention, le Alain Prost des artistes visionnaires ! J'ai nommé Leonardo Da Vinci !" 
Toutefois, s'il est assez drôle, ce ton lasse au bout d'un moment, ce nouveau personnage dressant alors une forme de distance regrettable par rapport aux mini-récits.

Si on sent François Boucq s’en donner à cœur joie tout au long de ce délire en roue libre, si sa maestria graphique et son imagination foisonnante nous épatent et nous amusent à chaque fois, ce généreux volume de 85 planches aurait cependant gagné à se limiter aux meilleures trouvailles absurdes ou ironiques (à propos des travers de la société de consommation)… et à peaufiner les chutes humoristiques. On met la barre haut quand on ouvre un bouquin de François Boucq.

Au rayon humour, les musts de cet auteur-dessinateur génial restent selon moi et à ce jour La dérisoire effervescence des comprimés (hors série, chez Casterman) ou Sus à l’imprévu (Jérôme Moucherot, tome 2). Il excelle aussi dans bien d’autres registres, comme en attestent La femme du magicien, Bouche du diable (avec Charyn), ou encore les séries Face de Lune ou Bouncer (avec Jodorowsky).

Chronique par Jean Alinea