BD : Julia & Roem

Auteur : Enki Bilal
Editeur : Casterman

 

Dans un monde post-apocalyptique, suivant un dérèglement climatique brutal et généralisé, les chemins des quelques survivants se croisent. Entraide volontaire ou contrainte pour la survie. Curieuse coïncidence : tous leurs noms ressemblent de près ou… de très près aux protagonistes de Roméo et Juliette. L’étrangeté de la situation s’amplifie encore lorsque les affinités et aversions créent deux clans qui vont rapidement s’opposer et qu’un coup de foudre unira Julia et Roem, chacun lié à un “clan adverse”.

La planète serait-elle devenue le dépositaire d’une trace des plus grandes oeuvres d’art de l’esprit humain ?
Lawrence, aumônier militaire multiconfessionnel, est un homme d’âge mûr, celui qui est le plus empreint de culture du monde d’avant le "Coup de Sang". Il cherchera à empêcher que les évènements prennent la même tournure que celle narrée dans la célèbre pièce de William Shaekespeare.

L’idée est bonne et personne ne pourra reprocher à Enki Bilal de ne pas fournir un récit limpide, cette fois. Il se réapproprie le texte du grand dramaturge avec classe et originalité. Côté dessin, on le sent complètement décontracté, optant pour encore plus de simplicité et de naturel. C’est évidemment très beau, même s’il n’utilise ici que des éléments auxquels il nous a habitués : des ruines de béton, une voiture ancienne customisée, un hélico presque animalier, des physionomies-copies conformes à celles des livres précédents, un rapace… 

Cette impression de répétition confère tantôt une cohérence à l’oeuvre de l’auteur, lui offre l’occasion de réutiliser ses "clichés" autrement (l’usage des milans trouve une adéquation parfaite avec le thème de l’amour), mais m’a quand même dérangé en matière de trognes. Bilal gagnerait à diversifier ses personnages, à les rendre moins lisses et surtout moins convenus.

Crayon graphite, pastels blanc, bleu et rouge sur papier coloré. La technique utilisée pour la réalisation des planches reste dans la lignée de Animal’z*, Julia et Roem se voulant une seconde étape dans une trilogie de one-shots "planètologiques". Le papier choisi ici est d’une tonalité gris-ocre (rapport au terrestre) et les rouges se dispersent tandis qu’Animal’z se déroulait sur fond plus froid (rapport à l’aquatique), avec des rouges plus délimités pour faire ressortir certains éléments.

Probablement pas le plus essentiel, mais un bon Bilal.


Chronique par Jean Alinea

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