SAGESSE(S) ? Scepticisme vs. Stoïcisme :

"Les vérités du stoïcisme ont été le mieux exposées par Epictète, qui, au premier siècle après Jésus-Christ, écrit dans son Manuel : "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses."
(…)
On ne compte plus aujourd’hui les traités de psychologie positive, les manuels de savoir-vivre ou les recueils de maximes qui recyclent ad nauseam les préceptes des anciens stoïciens, et qui portent souvent des titres prometteurs comme Manager avec Marc-Aurèle ou encore S’exercer au bonheur avec Epictète… Aux dernières nouvelles, il existe même des stages de relaxation pour cadres stressés où l’on propose de s’immerger dans des des piscines remplies de balles en caoutchouc, sur lesquelles sont imprimées des citations fameuses empruntées aux penseurs du Portique…


Si de telles initiatives prêtent à sourire, elles ne sont pas complètement fortuites : car le stoïcisme de l’époque impériale romaine contenait déjà, en germe, de telles tendances ; de fait, il remplissait une fonction de soutien moral auprès des élites. 

Toutes proportions gardées, les stoïciens romains des deux premiers siècles de notre ère sont les lointains prédécesseurs de nos psychothérapeutes et de nos coaches ; ils ne dédaignent pas de jouer le rôle de directeurs de conscience - nul hasard si le futur empereur Marc-Aurèle fut très tôt formé au stoïcisme par un certain Claudius Maximus, ou si Sénèque exerça des fonctions de conseiller auprès de Caligula, de précepteur auprès de Néron, mais aussi de prêteur et de consul. Les stoïciens évoluaient dans le proche entourage des hommes de pouvoir ; et ces derniers appréciaient beaucoup leurs conseils, relatifs à la maîtrise des affects ou à l’art de saisir le moment opportun pour agir."
Extrait de l'essai Comment peut-on vivre lorsqu’on ne croit en rien ?" d'Alexandre Lacroix (par ailleurs directeur de la rédaction de Philosophie Magazine), à présent disponible en poche dans la collection Champs de Flammarion.   
 
Le titre de l'ouvrage est trompeur en suggérant au lecteur qu'il y trouvera une compensation à un désarroi ou des questions existentielles restées sans réponses jusqu'ici. L'auteur y défend simplement un autre courant de pensée antique, qu'il lui semble indispensable de réhabiliter en ces temps de bien-pensance : l'école philosophique du scepticisme. Les préceptes n'en sont en rien plus "parfaits" ou incontestables que ceux du stoïcisme, mais ce plaidoyer avait de quoi intriguer. 

L'exposé d'Alexandre Lacroix s'avère virulemment anti-développement personnel et se prend finalement à son propre piège en vantant parfois - d'un ton assez péremptoire - un certain type de bien-être par les vertus du doute, de l'individualisme, voire de l'erratisme. Aucune piste nouvelle, ni concrète, ni grisante, mais quelques éclairages intéressants, tel l'avis posté plus haut.

Chronique par Joachim