BD : Bois-Maury - T13 : Dulle Griet

Auteurs : Hermann et Yves H.
Editeur : Glénat


Dulle Griet se lit comme un one-shot et est à compter parmi les meilleurs Bois-Maury, même si la descendance du chevalier Aymar n’y tient pas vraiment le rôle principal et que certains reprocheront peut-être l'incursion d'éléments fantastiques dans cette série de genre "historique".

Avec l’aide de son fils - Yves Huppen - au scénario, Hermann dresse dans cet épisode de Bois-Maury un vibrant hommage au patrimoine de son plat pays : hommage au peintre Pieter Bruegel l’Ancien tout d’abord, puisque le récit se base sur un de ses tableaux de 1562, intitulé Dulle Griet (Margot la folle, en français) ; hommage aux villes de Flandre ensuite, puisque les décors, inspirés de Bruges ou de Gand, sont superbement rendus dans des cases très atmosphériques. Les auteurs n’hésitent pas non plus à faire un petit clin d’œil à Tijl Uylenspiegel (héros du roman classique de Charles De Coster) et un autre  - complètement anachronique - à Toone en attribuant le nom des célèbres marionnettistes bruxellois à l’un des personnages.

Mais revenons-en à la Dulle Griet, personnage du folklore flamand que Bruegel représenta comme une guerrière avide, coiffée d'un casque de fer tandis que sa robe en toile est clairement celle d'une paysanne. Dans cette peinture*, on la voit - immense - traverser à grands pas la scène, se dirigeant vers la porte de l’enfer. Armée d’une épée, elle se trimballe également avec son butin (un baluchon, une batterie de cuisine et un coffre). On ignorait cependant si la Griet voulait mettre ce dernier en sécurité ou si elle envisageait de conquérir l'enfer… jusqu’à la parution du présent album.

Mais où est le rapport avec la lignée des Bois-Maury, me demanderez-vous ? C’est vrai qu’elle passe ici un peu au second plan puisqu’on retrouve un descendant d’Aymar en bien mauvaise posture, au point qu’on se demande jusqu’à la fin quel sera son rôle. Et puis ce nouveau contexte permet un renouvellement de la série, encore plus que dans Assunta et Rodrigo.

Hermann prouve une fois de plus qu’il est un des tout grands de la BD, sans jamais avoir reçu les honneurs à Angoulême. L’homme n’est sans doute pas assez mondain et nombreux sont ceux qui redoutent son caractère de sanglier ardennais et son franc-parler. Entre nous, ça me le rend sympathique.

Pour en revenir à l’album, Dulle Griet est un petit bijou. Mon seul regret en le refermant est une fin quelque peu précipitée, bien que très cohérente avec le tableau de Bruegel. Mais il y avait à mon avis matière à faire un récit plus long et plus dense.

Chronique par Jean Alinea
 
 
* Ci-dessous le tableau de Bruegel, suivi de deux planches de l'album :