BD : Le Kid de l'Oklahoma


Auteurs : Olivier Berlion, Elmore Leonard
Editeur : Casterman



L'excellente collection Rivages/Casterman/Noir s'applique depuis quelques temps et une douzaine d'albums à faire revivre via la bande dessinée quelques chefs d'ouvres du roman noir. Si je n'étais pas en train de taper ce texte, j'applaudirais des deux mains (Quelle expression idiote. Vous applaudissez souvent d'une main ?) ce concept élégamment présenté qui permet à de nouvelles générations de redécouvrir des textes qui, même régulièrement republiés, ne touchent pas le même public (les lecteurs de BD ne lisent pas nécessairement de romans).

Accordons une mention spéciale à ce Kid de l'Oklahoma pour des raisons personnelles : j'ai autant de tendresse pour l'auteur adapté, Elmore Leonard, que pour son adaptateur Olivier Berlion.

Pour présenter Elmore Leonard, il suffit de dire que la plupart d'entre nous, à l'instar de Monsieur Jourdain, le connaissent sans le savoir. En effet, parmi la vingtaine d'adaptations de son ouvre au cinéma, on trouve quelques films  marquants de ces dernières années : Get Shorty (Barry Sonnerfeld, 1995), Jackie Brown (Tarantino, 1997), Hors d'atteinte (Steven Soderbergh, 1998) ou encore 3h10 pour Yuma (James Mangold, 2007).

Elmore Leonard a ceci de particulier que l'humour et la tendresse ne sont jamais absents de ses romans, même si les doigts d'une main suffisent rarement à compter les cadavres qu'on y trouve. Sa spécificité est de jouer sur le flou artistique qui délimite la légalité de l'illégalité. Chez lui, les salopards et les mecs bien sont répartis avec une certaine équanimité des deux côtés de la ligne de démarcation. Et la plupart de ses romans parlent d'une amitié ou d'un amour "transfrontalier" entre un (une) défenseur de la loi et un braqueur, un escroc ou un filou - plus rarement un tueur. Elmore Leonard n'a pas son pareil pour croquer des personnages hauts en couleurs dans des situations réalistes mais légèrement farfelues saupoudrées de dialogues croustillants.

Ce qui nous permet de faire le lien avec son adaptateur BD Olivier Berlion, dont la série Toni Corso présente exactement les mêmes caractéristiques, avec peut-être encore plus de vivacité dans les dialogues qui crépitent et autres réparties assassines qui ne sont pas sans rappeler Audiard ou Tillieux.

Tout cela pour dire qu'une adaptation de Leonard par Berlion semble la chose la plus naturelle du monde et avait toutes les chances d'être une réussite. C'est d'ailleurs le cas. Berlion parvient à ne rien enlever d'une intrigue pourtant complexe, avec mise en abime et récit, une lutte à mort entre un flic (croisement de John Wayne et de Dirty Harry) et un salopard pervers se déroulant à ma jonction des années '30 et '40. Les protagonistes masculins sont entourés de voluptueuses créatures à la psychologie également fouillée, ce qui ne gâche évidemment rien. Dans la lignée leonardienne, le flic est lui-même un tueur ; il met juste un peu plus de formes avant de tirer sur la détente.  Pour notre plaisir, cet album savoureux, en respectant l'original, se lit plus comme un roman que comme une BD.

Chronique par Geoffroy d'Ursel