La Passion de Diosamante


Auteurs : Jodorowsky et Gal
Editeur : Les Humanoïdes Associés


La présente version de La Passion de Diosamante, suivi des Enfants de Diosamante, n’est pas à proprement parler une intégrale, étant donné que le second tome, La Parabole du Fils Perdu (réalisé avec le dessinateur croate Igor Kordey et paru en 2002), n’y est pas repris. Cette édition est néanmoins une œuvre "définitive", tout en étant inachevée. Elle regroupe tout le travail que le défunt dessinateur Jean-Claude Gal avait fourni pour cet univers : le premier album (de 1993), bien entendu, mais aussi les planches inédites (en couleur et crayonnées) et les recherches pour le second. Le travail à la fois classique, inventif et très méticuleux est considérable et méritait de ne pas rester dans l’ombre.  "Les quelques pages qu'il a léguées sont d'authentiques œuvres d'art", écrit le scénariste Alejandro Jodorowsky dans sa préface.

Diosamante est une reine aussi belle qu’elle est lubrique et cruelle. Chaque année, elle s'offre au vainqueur de combats organisés en son honneur… avant de lui prendre la vie au terme des ébats. Mais désormais face à la destruction de son royaume par les barbares et la découverte de la haine de son peuple à son égard, Diosamante est blessée dans son orgueil. Elle décide dès lors d’assassiner celui dont elle jalouse la réputation parfaite,
le roi Urbal de Sarabba, ce monarque dont tous vantent la bonté... Sauf qu'en arrivant devant lui, son regard vindicatif se transformera en regard d'amour. Amour qu’elle voudra mériter. Et c'est les yeux bandés, vêtue comme une mendiante, qu'elle entamera un long voyage semé d’embûches, dans l’espoir de pouvoir expier ses fautes.


Cruauté, jalousie, vengeance, amour, rédemption, famille... Pas de doute, on retrouve là les thématiques chères au scénariste chilien, qui s’en donne à cœur joie pour créer un nouveau récit mythologique. L’aspect heroic fantasy de l’histoire semble en effet surtout d’ordre formel, permettant ainsi de  tirer le meilleur de son dessinateur, familier à ce type d’univers. Pour Jean-Claude Gal, ce fut aussi l’occasion de mettre en scène une héroïne, lui qui sortait de plusieurs récits aux protagonistes très virils. C’était aussi sa première expérience de couleurs directes, auxquelles il avait envie de s’adonner depuis longtemps.

Le nom de ce professeur de dessin reste discret dans l’histoire de la bande dessinée et associé à l’heroic fantasy (cf. sa participation dès le début à Métal Hurlant, ou encore la saga d’Arn, sur textes de Dionnet). La Passion de Diosamante
offre à lire son ultime ouvrage qui réjouira les amateurs de récits initiatiques, de dessins réalistes au charme retro ('70s) et aux décors fouillés.