Archive: interview de CHRISTOPHE BLAIN en 2001 (partie 1)

L
e retour d'Isaac le pirate aurait été annoncée par son  auteur et dessinateur, mais cette suite des aventures se fait déjà attendre depuis  la parution du 5e tome... en juin 2005.

Que vous patientiez encore ou que vous n'y croyiez plus, on vous propose une petite consolation avec cette archive : une longue interview de
Christophe Blain lors du lancement de la série, en 2001. Cet entretien, que nous vous proposons en plusieurs épisodes, a originellement été publié dans les pages du webzine asuivre.com, n'existant plus aujourd'hui. Nous avons pris le parti pris de l'agrémenter visuellement de manière différente, avec des extraits de tomes parfois ultérieurs d'Isaac et autres travaux de l'artiste.

Joachim Regout : Un thème récurrent dans tes albums est le voyage, le fait de partir à l’aventure. Hiram Lowatt, Isaac le Pirate, les personnages du Réducteur de vitesse voyagent, se déplacent sans cesse : es-tu quelqu’un qui a la bougeotte ? Est-ce qu’à l’instar d’Isaac, tu es quelqu’un qui ressent une frustration de vivre sédentairement ?
Christophe Blain : J’ai fait beaucoup de voyages un peu exceptionnels... dans des lieux où il n’est pas habituel d’aller en tant que touriste. Je m’inspire de mes carnets de voyages pour faire mes histoires. Ces souvenirs de la Martinique, des Caraïbes, de l’Antarctique ou encore des Etats-Unis constituent en fait une sorte de banque d’images visuelles. Je fais aujourd’hui très peu de voyages, sinon des voyages assez faciles et communs, parce que je m’intéresse à d’autres choses. Mon envie d’écrire des histoires de fiction demande une concentration, une réflexion qui m’ont donné envie de redevenir sédentaire. Il y a quelques années, c’était à travers les carnets de voyage que je m’exprimais le plus en tant qu’auteur, et il était donc logique que je parte.

L
e voyage n’est-il pas une nécessité pour te ressourcer ?
Non, pas particulièrement. Je m’étais posé la question à un moment où, justement, je commençais à écrire des histoires de fiction. Je me forçais un peu à envisager tel ou tel voyage parce que c’étaient mes carnets de voyage qui m’avaient inspiré mes premières idées de scénario jusque-là (mon éditeur tolérait cela parce que j’avais une crédibilité, pour avoir publié plusieurs carnets de voyage chez d’autres grands éditeurs). Mais au fond de moi-même je n’en avais pas tellement envie parce qu’écrire et créer mes bandes dessinées me tentait davantage. 
Peut-être que ça reviendra. J’imagine que je referai à nouveau des voyages au long cours, lorsqu’un nouveau sujet de départ me poussera à le faire. J’avais prévu un carnet pour l’Iran, traitant de la vie dans différents milieux sociaux à Théhéran. Ca devait se concrétiser avec Marjane Satrapi, mais on a laissé tomber l’idée: j’ai eu envie de faire des histoires de fiction et elle a écrit son livre Persépolis, qui lui a permis de développer ce sujet avec ses propres dessins, en racontant sa propre vie... et c’est plus intéressant comme ça. C’est un voyage qu’on fera peut-être quand même un jour... Je ne sais pas. De toutes façons, j’ai toujours des carnets de dessin sur moi et la moindre excursion est prétexte à dessiner ce que je vois. Les derniers voyages que j’ai faits étaient l’Andalousie et Venise. J’en reviens automatiquement avec un carnet d’une vingtaine de dessins au bout d’une semaine.

U
ne dernière question autour du voyage : on apprend dans l’introduction de ton album Le Réducteur de vitesse que tu as un mal de mer incurable...
Il n’y a heureusement pas beaucoup de voyages que tu fais en bateau. Il s’agit en général de séjours assez courts. J’ai bien voyagé par bateau quand j’étais dans la marine, forcément. Je savais pourtant déjà que j’avais le mal de mer avant ça, pour avoir voyagé en Corse ou en Angleterre quand j’étais gamin. Quand je suis allé en Antarctique, je savais que j’aurais droit à cinq à dix jours de bateau et que je serais malade. Mais dans le cas de voyages aussi motivants, on passe outre ces inconvénients... Je flipperai avant de partir mais j’irai quand même, parce que ça vaut le coup. Je me dis que ce n’est pas si grave que ça... Et puis je nourris toujours l’espoir secret que je finirai par guérir quand même avec l’âge ou l’habitude... même si je sais que mon mal de mer n’est pas normal: je suis malade pendant plus d’une semaine alors qu’il ne faut habituellement pas plus de quatre jours pour s’amariner, même pendant une grosse mer.