ROMAN : Le Jeu de l'ange

Auteur : Carlos Ruiz Zafón
Editeur : Robert Laffont




Après l'enthousiaste marketing autour du Jeu de l'Ange, sorti en septembre 2009, qu'en est-il de ce roman "rebond" venu assouvir l'impatience des lecteurs de L'ombre du vent* ? La chute à craindre, malheureusement.

On retrouve la suave et mystérieuse Barcelone du premier roman* de Zafón. On retrouve quelques uns de ses personnages... et on se retrouve face à une intrigue très bien entamée mais, au final, relativement décevante.


David Martín est un orphelin élevé entre les articles d'un journal populaire. Il aiguise sa plume au fil des ans mais reste un écrivain de l'ombre, condamné à accepter des contrats peu juteux auprès d'éditeurs malhonnêtes. Jusqu'au jour où un mystérieux éditeur parisien lui fait une offre incroyable : écrire un livre sur commande, solidement rémunéré. Les contours de ce marché sont flous, la méfiance règne mais pour des raisons teintées de désespoir et de fatalisme, Martín accepte. Et devient l'archétype de l'écrivain maudit, enchaînant malheurs et conflits, incompréhension et souffrance.

Dire que ce roman est lassant serait faux mais Zafón avait beau avoir les ingrédients de qualité, il a, cette fois, raté sa recette.
Une structure qui favorise la curiosité quant à la suite mais faire trop monter le soufflé accentue le risque qu'il ne retombe...

Le personnage principal n'est effectivement ni attachant, ni fascinant, ni intéressant à proprement parler. Il se met dans des situations périlleuses et prévisibles, il joue à merveille le poète maudit cynique (et on ne comprend pas comment des personnages respectables arrivent à dénicher grandeur d'âme et probité dans son caractère tant il est dressé à la louche), il a une culture générale fabuleuse et un vocabulaire parfait (alors qu'il a quitté l'école jeune sans savoir lire et écrire), il vit des chagrins d'amour romanesques et un brin grand guignol. Hormis quelques réflexions sur la littérature qui peuvent stimuler les nôtres, les discours assez péremptoires du bouquin finissent souvent à plat.

Et puis il y a le recours au fantastique. A la base, pas forcément dérangeant... sauf quand on sent que ce fantastique survient pour éviter à l'auteur de se sentir à l'étroit dans les limites du réaliste.

Bref, je trouve que Zafón a un souffle narratif impossible à nier mais, pour le fond, cette fois, c'est mitigé. Pourquoi n'avoir pas tenté l'audace plutôt que ce besoin de rester collé à son premier succès? C'était d'autant plus risqué... De plus, on sent ici trop le souci "cinématographique" du scénario, l'envie, peut-être, d'être adapté au cinéma?? (La scène de bagarre dans le téléphérique! Quel cliché ! Pitié!! Pas du James Bond, noooon!)

Comme beaucoup, j'avais sans doute (beaucoup) trop d'attentes quant à ce livre...


Chronique par Virginie


* Lisez aussi notre chronique à propos de L'ombre du vent.