BD : Castaka (2 tomes)

Auteurs : Jodorowsky et Das Pastoras 
Editeur : Les Humanoïdes Associés



Alejandro Jodorowsky s’amuse à multiplier les séries dérivées de sa propre bibliographie, d’Alef-Thau, de L’Incal, ou de la Caste des Méta-Barons, comme c’est le cas ici. Si chez certains le procédé pourrait relever de l’unique goût du lucre ou de la sécurité commerciale, chez cet auteur il en va autrement. Ceux qui connaissent son parcours savent que les bagages transgénérationnels sont au cœur de ses réflexions thérapeutiques. C’est la passion de son propre univers de papier qui pousse Jodo à le développer au travers des arbres généalogiques de personnages. Au travers des mésaventures torturées d'un clan, d’une espèce, on voit toute son évolution initiatique (souvent sanglante) au fil des âges. 

Castaka est un "spin-off" retraçant la saga "avant" La Caste des Méta-Barons (Les armes du Méta-Baron constituera un "après"). Le Premier Ancêtre remonte au temps du tout premier aïeul : Dayal. Tout ce qui touche au monde de La Caste est lié à l’esprit guerrier, champion. Ses  lecteurs entreront dans cette légende aisément, se retrouveront à la fois en terrain connu et à la fois surpris de découvrir des origines plus terrestres, primitives, mâtinées d’influences Castaneda et samouraïs. Des influences qu’on retrouve rehaussées par les couleurs et dessins réussis de Das Pastoras, compatibles tout en étant différents de ceux de la série-mère (signés par le virtuose Juan Gimenez).

Les premiers bémols se trouvent dans certains dialogues. Et au moment de la rencontre explosive de la duchesse Antigrea avec Dayal, il est particulièrement surprenant et inadéquat - surtout sur un graphisme réaliste - de trouver une réplique telle que : "Oh… tu m’as mordu l’épaule… comme l’a fait ma mère… une morsure, c’est la seule caresse que j’ai jamais reçue d’elle… BOUUU… BOUUU…".

On pourra aussi reprocher les textes ampoulés dans Les jumelles rivales, un second et ultime épisode où Dayal, sa femme et ses filles deviennent des pirates de l'espace sanguinaires. Dans ce second volet, le scénariste aborde à nouveau des thèmes qui lui sont chers, comme les nœuds incestuels latents, l'avidité d'or, de pouvoir et l'extrême violence. 

Ultra-violence qui se traduit en images par une succession d'expressions faciales crispées et des scènes "gore" à outrance. La beauté ou la minutie des décors impressionnants (qui, eux, rappellent parfois ceux de Gimenez) contrastent avec les effusions de sang, les agissements abominables et ces personnages trop  caricaturaux et écoeurants pour pouvoir s'y attacher.


S'il y a dans la façon de raconter de Jodorowsky la volonté de rejoindre les grands mythes initiatiques d’autrefois, sa bibliographie en bande dessinée n'évite en revanche le mauvais goût que lorsque ses collaborateurs font preuve d'adaptation géniale et complémentaire et non "seulement" de très bonnes compétences graphiques. 

Chronique par Jean Alinea