BD : Capricorne – T16 : Vu de près

Auteur : Andreas
Editeur : Le Lombard


Suite à un chiffre de ventes insatisfaisant, Le Lombard aurait demandé en 2011 à l’auteur de conclure sa série Capricorne – originellement prévue en vingt tomes - par un ultime tome 16. La maison d’édition lui aurait-elle laissé un sursis ou le héros astrologue terminera-t-il ses aventures ailleurs ? En tout cas, ce volume-ci n’indique pas encore le mot “fin” et on s’en réjouit !

Complexe, intègre et ne se pliant pas aux "exigences du marché", Andreas est un grand raconteur de mondes, un grand créateur de mystères, en plus d’être un grand dessinateur au style si particulier, reconnaissable d’entre mille.

Au fil des tomes de ses séries-fleuve, il se lance des hameçons en forme de symboles, des amorces, des indices, se mettant au défi de résoudre une nouvelle intrigue a priori impossible dans un ensemble de plus en plus compliqué. Andreas ou la passion du récit labyrinthique. De temps à autres, pour clôturer un cycle, l’auteur force une issue par des stratagèmes qui pourraient sembler acadabrants, mais il trouve souvent un moyen de rendre cela cohérent... ultérieurement. Comme il le dit lui-même "L’important, ce n’est pas de tout prévoir, c’est de ne rien oublier."

Le lecteur qui le suit dans ce dédale ésotérique se sent quelquefois perdu et masochiste. Mais le travail de qualité et sans relâche d’Andreas, sa capacité à surprendre par des variations de ton, à réussir des mélanges de genres improbables, à titiller notre curiosité, à prendre des risques, à innover constamment dans les mises en page… tout cela finit par inciter à reprendre le fil de son immense toile. Ceux qui se donnent cette peine sont conscients d’assister à la création d’une oeuvre unique et précieuse.

Capricorne est une série dont il faut posséder tous les tomes, non seulement parce qu’ils sont interconnectés entre eux, mais aussi parce qu’inévitablement vous allez en relire plusieurs à chaque nouveauté.

A l'instar de L’appel de l’epace de Will Eisner, certains Philémon de Fred ou Julius Corentin Acquefacques de Marc-Antoine Mathieu, les Capricorne sont aussi un laboratoire narratif où les codes et les cadrages inhérents à la BD sont utilisés jusque dans leurs retranchements. Le protagoniste est alité dans le onzième volume et c’est toute l’histoire qui est contée en cases horizontales. Le tome 12 n’a ni nom, ni dessin de couverture et présente un récit muet dans un décor enneigé. Rêve en cage joue du début à la fin avec la notion de cage à images que forment les cases dans une page. Et dans Vu de près, la vision du cours des évènements se fait uniquement par succession de très gros plans.

Au-delà de cet aspect formel épatant, la fascination pour l'intrigue et ses personnages redouble : le lecteur s’inquiètera – comme Ash, Astor et Fay - de la teneur du marché que le héros a conclu avec Dahmaloch pour rendre à New-York son apparence normale.

Chronique par Jean Alinea


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