BD : La folle du Sacré-Cœur - Intégrale

Auteurs : Mœbius et Jodorowsky
Editeur : Les Humanoïdes Associés



Remettons un peu d’ordre : cette intégrale, sous l’intitulé La folle du Sacré-Cœur, compile (en noir et blanc) trois tomes d’une série qui s’appelait au départ Le cœur couronné : La folle du Sacré-Cœur, Le piège de l'Irrationnel et Le fou de la Sorbonne.

Les ayant donc relus d’une traite… force est de constater que je ne suis pas convaincu, malgré des qualités indéniables. Ben oui, c’est du Jodo et Mœb, quand même ! Ces auteurs impertinents sans limites, décrivant à merveille la spiritualité comme la bassesse la plus exécrable (ndlr. : avez-vous déjà lu Gilles Hamesh, privé de tout ou Juan Solo, de Jodorowsky ?).

Auteur de L'Incal (avec Mœbius), de La Caste des Méta-Barons (avec Gimenez), des Technopères (avec Janjetov et Beltran) ou encore de Bouncer (avec Boucq), Alejandro Jodorowsky adapte toujours à la personnalité de son dessinateur les enjeux de ses récits… sauf pour La Folle du Sacré-Cœur qu’il aurait écrit tout seul dans son coin, sans idée préalable de l’artiste à qui il soumettrait ce projet. L’éditeur présente même cette bande dessinée comme "la plus autobiographique qu'il ait jamais écrite !" et "le regard de Moebius sur son scénariste. Un regard décalé, humoristique, distancié, qui donne tout son sel aux aventures mystico-sexuelles que le professeur Jodo-Mangel va vivre"... Mouais. Bon, et qu’est-ce que ça raconte ?

Pas de S.F., pas d’E.T. ni de techno-papes ici. Le personnage Alain Mangel, éminent professeur de philosophie, voit sa vie s'écrouler lorsqu'il est brutalement quitté par sa femme à cause de sa stérilité. Une de ses élèves, complètement illuminée, s’éprend par contre de lui, portera miraculeusement son enfant (un présumé prophète) et l’entraînera dans une succession de péripéties rocambolesques où le vice côtoie allègrement la spiritualité. Et cela de la Sorbonne aux guérillas de Colombie. Les auteurs nous parsèment tout ça d’humour… euh, souvent discutable. Si le "running-gag" des crises chroniques de diarrhée renforcent le côté humain et désespéré de Mangel l’anti-héros, ça vire rapidement au lourdingue.

Bref, on a droit à du bon (dans la première moitié surtout), à du moins bon, à du douteux et aussi à beaucoup de longueurs. Jodo et Mœb sont de grands auteurs, mais on ne fait ici qu'apercevoir le potentiel de ce que cette nouvelle collaboration aurait pu être.
Chronique par Jean Alinea

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