BD : La trilogie Cromwell Stone

Auteur : Andreas
Editeur : Delcourt

L'oeuvre d'Andreas suscite l'admiration : peu à jeter dans sa pourtant prolifique carrière. Cohérence, innovation, mystère... Loin des démarches marketing et putassières, proche de ses références lovecraftiennes, Andreas s'attelle à son oeuvre. 
C’est le genre d’auteur dont on peut acheter un livre les yeux fermés, en étant persuadés que dans le pire des cas ce sera "seulement" intéressant. Sans oublier que pour l'apprenti dessinateur de bande dessinée, ses pages constituent un véritable enseignement de narration.

Dans ses séries actuelles, les albums de Capricorne (parallèles à ceux de Rork) représentent son aspect le plus accessible*. Toutefois, au fil des tomes, on réalise que ce très relatif classicisme de façade (c'est le cas de le dire, vu que la ville y joue un rôle essentiel) n'était qu'un leurre pour nous amener vers une grande complexité.

Arq s'annonçait d'emblée comme une saga plus ambitieuse. Un ovni total dans le monde de la bande dessinée. Au sein d’une même saga, on y transite du polar à l’heroic fantasy, en passant par la science fiction, la mythologie ou encore les références historiques… c’est tout bonnement incroyable. Au point de donner le vertige. De dissuader parfois aussi, parce qu’il faut bien l’admettre : on a beau se creuser les méninges, les intrigues d’Andreas sont souvent très hermétiques. Si on aime parfois se prêter au jeu, la quantité d'albums nécessaires pour comprendre (ou de moins en moins comprendre) le récit de Arq rendent les choses très ardues.


Un lecteur, découragé de chercher les connexions symbologiques dans Rork, Capricorne et Arq, décréta un jour dans un forum que l'auteur n'avait rien à raconter mais qu'il le racontait brillamment. On serait parfois en mesure de le penser aussi, mais à lecture, par exemple, de Cromwell Stone, une autre pièce maîtresse de sa bibliographie, je ne peux m'empêcher de trouver le casse-tête onirique (voire philosophique ?) d'une grande cohérence.


A moins d'être réticent au noir et blanc, l'idéal serait de commencer la découverte de l'univers andreassien par cette fable ésotérique et fantastique aux multiples interprétations possibles mais au nombre de tomes limités à trois.

Chaque volet fût réalisé à dix ans d'écart. Quand on voit les planches, époustouflantes, on comprend que s'attaquer à un tel travail (avec la technique de la carte à gratter, essentiellement) demanda un effort considérable.


Un scénario d'Andreas étant difficile à résumer, je dirais simplement que l'histoire tourne autour d'une étrange "clé" d'origine non-terrienne, suscitant des convoitises sans limites et provoquant d'étranges disparitions de passagers ayant effectué un même voyage en mer.


Un fascinant chef-d'oeuvre.

Chronique par Jean Alinea



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