BIOGRAPHIE / BEAUX-ARTS : Raoul Hausmann - Après Dada

Auteur : Bargues
Editeur : Mardaga
A la question de savoir ce qui caractérisait la mouvance artistique "Dada", Tristan Tzara a dit un jour "la sincérité jusqu’à l’anarchie"Guy Debord, lui, l'a qualifiée d’"oubli organisé".

"Demain Dada aura un visage différent d’aujourd’hui et pour cette raison sera Dada. Dada c’est la vie. Dada c’est ce qui change (je dirais presque le changement perpétuel, l’éternel retour, Héraclite).” écrivait Jean Arp dans une lettre datant de 1953.

Quant à Raoul Hausmann (1886-1971) lui-même, il s’exprimait ainsi : "Peut-être me comprendrez-vous mieux quand je vous dirai que dada est un microbe vierge qui s’introduit avec insistance de l’air dans tous les espaces que la raison n’a pu combler de mots ou de conventions."

Le cofondateur du groupe Dada-Berlin (en 1918) aura été au carrefour de plusieurs avant-gardes, trop divers et éclaté pour que quiconque parvienne à faire entrer ses créations dans les cases de l’Art moderne. Antifonctionnnaliste, il appelait à la fantaisie, à réenchanter la vie et à s’insurger contre l’étroitesse d’un moment de la civilisation. Attiré tant par les dessins d’enfants que ceux des "fous", tant par les grottes préhistoriques que l’architecture populaire*, tant par l’assemblage sculptural d’objets que le photomontage, Hausmann faisait aussi feu de tout bois, questionnant l’homme, l’art, leurs place et rôle dans la société, des origines à nos jours.

Il réfutait les points de vue purement esthétiques, estimant que "toute théorie qui se borne aux formes seules conduit nécessairement à des conclusions fautives et inexactes". Il préférait parler d’étude des "fonctions organiques". "La vision procédait pour lui d’une pulsion à toucher, penser, non pas nommer mais prononcer le monde, pulsion devenue créatrice lorsqu’elle parvenait à s’échapper d’une syntaxe et d’un alphabet balisés."

Si on pouvait se réjouir d’un ouvrage retraçant si précisément son parcours, il faut être doté d’un sacré bagage culturel, philosophique et psychologique pour parvenir à suivre les nombreuses références de l’auteur… qui semblent souvent dépasser celles de l’artiste dont il est question. Malgré d'indéniables qualités d'analyse, Cécile Bargues donne trop l’impression de profiter du sujet pour étaler son savoir plutôt qu’offrir une fluidité de lecture, optant ainsi pour l’élitisme plutôt que la popularisation. Dans sa forme aussi, le livre est selon moi beaucoup trop austère pour aborder le dadaïsme. Cette institutionnalisation me paraît au final peu "hausmannienne". Dommage… 

Chronique par Saphir

* A propos de celles d’Ibiza, qu’il a beaucoup photographiées, il dira par exemple : “A l’intérieur de l’île, vous allez de surprise en surprise : partout la même perfection plastique, partout la même noblesse dans les formes des maisons. A première vue, elles rappellent les constructions algérienneset celles des îles grecques, mais très vite vous réalisez être en présence d’une expression plus pure, infiniment plus intuitive de l’art de bâtir.”

A noter en revanche, son aversion totale pour l’architecture alpine (celle consistant à aplanir les sommets des hautes montagnes), celles des grandes métropoles ou celles de Le Corbusier. Raoul Hausmann recommandait qu’on oublie et abandonne jusqu’à l’idée de cette vision de l’urbanisme rigoriste, sérieuse, lourde, de ces “machines à habiter”, confortables au point stimuler l’immobilité au détriment de toute fantaisie et de véritable vie.