BD : Zoo (3 tomes)

Auteurs : Frank et Bonifay
Editeur : Dupuis (Aire Libre)

C'est l'histoire d'un magnifique jardin zoologique en Normandie, à l'aube de la Grande Guerre, et celle de quatre personnages : Célestin, médecin et directeur de ce petit paradis, Buggy le sculpteur surdoué, Manon, insouciante et charmante adolescente, et Anna, réfugiée russe au nez arraché.

Lors de la parution du premier Zoo (1994), jamais je n’avais vu un album de bande dessinée d’une telle beauté. Les cadrages y sont audacieux et à couper le souffle. La passion et les peurs des personnages y sont extrêmement bien rendus. De petites cases ou autres détails s’y révèlent à la seconde lecture.

Cependant, le succès commercial ne s’était pas immédiatement avéré proportionnel au travail titanesque fourni par les auteurs.
Est-ce à cette désillusion de Bonifay et Frank que nous devions une attente si longue avant de connaître la suite ? En 1999, la patience des lecteurs fût récompensée par un second volume tout aussi magistral, qui se clôturait en prime sur des pages à compter parmi les plus poignantes du neuvième art.
Zoo resterait donc MA bande dessinée de référence durant des années. Et l’intérêt du public grandit aussi.
On ne s'attendait du coup pas à ce que Frank mette encore plus de temps - huit ans ! - à nous fournir le dernier volet de la trilogie. Il aura donc fallu pas moins de treize années d'attente pour ceux qui se sont - comme moi – passionnés pour Zoo dès la parution du tome 1 !

Treize ans… Il s'en est passé des choses entre temps. Outre l’ère de maturité pour la "Nouvelle Bande Dessinée" (Sfar, Trondheim, David B., De Crécy…), on a vu pas mal de dessinateurs semi-réalistes acquérir une sacrée maîtrise des couleurs directes, qu’il s’agisse de vieux routards comme Hermann, Rosinski, Delaby ou Pellejero,  ou de nouveaux venus comme Marini et Lepage. Bref, les bandes dessinées aux planches impressionnantes sont devenues légion… Si Frank se démarquera toujours par son style unique, comment allait-on percevoir un troisième Zoo dans le contexte de 2007 ?

Dès les premières pages de cet album, le dessin s'avère toujours somptueux, même si le temps est à la noirceur et la grisaille (cf. planche ci-dessous). On sent bien quelques oscillations entre son semi-réalisme habituel et davantage de réalisme dans les traits de plusieurs personnages, mais Frank reste graphiquement cohérent par rapport à son travail entamé il y a si longtemps. Lui qui adore se renouveler (comme en atteste son évolution au sein de la série Broussaille) et dessiner des choses positives, ces planches n'ont pas dû être aisées à réaliser. 


Une désagréable tristesse s'empare par contre de celui qui termine la lecture de Zoo 3. *** ATTENTION : CE PARAGRAPHE DIVULGUE QUELQUES ELEMENTS DU RECIT *** Tristesse due au thème douloureux du deuil. Mais tristesse aussi parce que le dénouement ne tient pas toutes ses promesses. Il n’y a aucun rebondissement dans cet album, aucune surprise. Juste une lente descente aux enfers, compensée par des souvenirs heureux et l’espoir d’un avenir meilleur. C’était donc ça, Zoo : une contemplation romantique (dans le sens littéraire) sur le cycle de la Vie, de l'Amour, de la Mort ? On nourrit l'envie d’un quatrième tome qui nous ferait retrouver un peu de joie, qui nous surprendrait par son scénario et qui ferait de Zoo le chef-d’œuvre attendu. *** FIN DES "SPOILERS" ***

Doit-on donc rester avec pour seul réconfort le souvenir du sourire chaleureux de Manon? De ce zoo paradisiaque qui ne revivra plus ? De personnages qui, malgré l’obscurité, se sont battus pour faire exister un peu de lumière ?

Chronique par Jean Alinea

Si vous avez aimé, lisez aussi notre chronique à propos de Muchacho, par Lepage.